Moi j'ai choisi l'amour.

Peut-être parce que je suis conne, un peu, ou parce que je suis [folle]. Je sais pas, et j'ai pas besoin d'un pourquoi. J'avais le choix, et j'ai choisi l'amour.

En vrai, c'est plus compliqué que ça. J'ai choisi l'amour, parce que d'autres avaient choisi l'amour avant moi. Des meufs avaient réfléchi le truc, elles avaient capté que c'était important. Elles en ont parlé à d'autres. Les autres elles ont réfléchi, elles en ont discuté entre elles. Et elles ont choisi l'amour.

J'ai débarqué, seule, paumée dans mon corps et dans ma tête, à la dérive entre deux mondes. Sans savoir quoi faire de ma vie, sans savoir de verdad si je voulais vraiment la vivre. J'étais survivante. Je m'accrochais parce que c'est le seul truc que je savais faire. Ca et esquiver les coups. Mais à un moment on s'en prend tellement qu'on s'en fout. On encaisse, on fait semblant. Pas faire de vagues. Avoir l'air normal. Faire ce qu'on attend de moi, comme on l'attend de moi. Et surtout, surtout, ne pas me faire choper quand je dépasse du trait. Ou que j'ai pas fait mes devoirs. Ou que je suis en retard au taf. Une vie entière à baisser la tête, à prier en silence que ce soit pas moi qui prenne la tarte dans la gueule.

Mais j'ai débarqué, et la reuss qu'était là, elle m'a aimée.

Je parle pas d'un amour romantique que le cinéma nous tartine ras la gueule. Je parle pas de sexe, de romance, d'absolu.

Mais elle avait choisi l'amour. Elle a vu que j'étais là, paumée, seule. Sûrement, elle a été au même endroit un jour. Elle m'a souri, et elle m'a tendu la main. Elle a partagé avec moi ce qu'elle avait à manger. Elle m'a écouté, quand j'ai voulu parler. Elle m'a parlé de son chemin.

Elle m'a montré, bien avant de me le dire, bien avant de me connaître, que j'était sa reuss.

Moi quand j'ai choisi l'amour, c'est pas parce que j'avais passé des nuits à réfléchir, à discuter et à débattre. C'est pas parce que j'avais compris la violence de l'isolement, et les blessures que le trauma rouvre. C'était pas une stratégie de survie collective héritée des trop rares survivantes de l'épidémie de sida.

Elle avait choisi l'amour, et ça m'a fait du bien. C'était solide. C'était vrai. C'était pas l'hypocrisie et les faux semblants du monde extérieur. Alors sans trop réfléchir, j'ai décidé de faire pareil. Pas juste pour mes soeurs, mais surtout pour moi.